« On a beaucoup regardé Tombouctou de loin. On l’a racontée comme une légende, une bibliothèque du désert, un carrefour de civilisations. Mon intention, à travers ce film, est de regarder de près cette ville qui porte aussi une autre histoire, moins visible, celle de ce qui s’est maintenu et de ce qui s’est reconstruit. Ce film part à la recherche de cette force inébranlable et discrète qui est le Kondey », déclare le cinéaste Fousseyni MAIGA. 

Le Réalisateur annonce qu’il ne voulait pas faire un film sur Tombouctou comme on déroule une vitrine patrimoniale : « je voulais faire un film dans Tombouctou, au plus près des gestes, des voix, des regards et des différences ». Dans cette nouvelle œuvre du Réalisateur Fousseyni MAIGA, LE KONDEY n’est pas exposé comme un concept de socialisation de la vie en communauté. Il est éprouvé à l’image, parce que le collectif se comprend mieux par ce qu’il produit que par ce qu’il affirme. 

L’univers visuel du film présente Tombouctou comme une matière vivante. Le film ne cherche pas la carte postale, mais la sensation. Dans le film, le montage privilégie d’abord l’action, les gestes, les déplacements. Il avance par montage alterné entre ce que l’on voit et ce que l’on entend, comme une conversation qui se déroule à côté de l’image. Les voix arrivent, souvent hors champ, portées par les scènes. Ce n’est qu’après quelques plans que le spectateur comprend qu’il écoute une parole continue, parallèle à l’action, et que cette parole éclaire ce qu’il voyait déjà. 

Les paroles ne coupent donc jamais le film, elles naissent dans des situations concrètes, au plus près d’une marche, d’un départ, d’un silence, d’un travail collectif ou encore d’un moment de transmission. Entre les chapitres, des respirations ouvrent un espace pour les poèmes et la musique, non pas comme illustration, mais comme prolongement sensible de ce qui vient d’être vécu. Au final, l’univers visuel du film est celui d’une immersion sensible sur une ville de Tombouctou filmée de près et de loin, intime et monumentale, où la beauté n’est jamais décorative. Elle est la preuve que, malgré les épreuves, quelque chose continue, une manière d’être ensemble.

Dans « TIMBUKTU, TERRE DES KONDEY », le son ne vient pas illustrer l’image, il la porte. On entend Tombouctou avant de la comprendre. Le film s’appuie sur une captation riche du son direct, avec des souffles, frottements, pas, rires et silences pour rendre sensible la ville et ses communautés. LE KONDEY se révèle d’abord par l’oreille, les taquineries entre camarades, les discussions qui circulent pendant qu’on marche, qu’on embarque.  Les voix sont prises dans la vie, et souvent elles arrivent en parallèle des actions, comme si la conversation continuait au-dessus du réel, ce qui donne l’impression que le spectateur est au milieu du groupe, pas face à un témoin. 

La musique et la poésie s’intègrent comme une seconde peau, jamais comme un commentaire. Elles arrivent dans des moments de passage, de départ, d’entrée dans la ville ou en fin de chapitre et se posent sur des images de respirations. Les percussions, les rythmes et les timbres locaux sont utilisés avec retenue, mais toujours en gardant la priorité au réel. Le mixage assume des contrastes, pour que chaque silence ait du sens, et que chaque voix soit entendue comme une présence, pas comme un message. Au regard de sa particularité narrative, « TIMBUKTU, TERRE DES KONDEY » se présente déjà une véritable encyclopédie cinématographique qui viendra enrichir le patrimoine filmique africain.